Analyse du mois : les tensions perdurent dans le Golfe arabo-persique

La multiplication, ces dernières semaines, des attaques dans la région du Golfe, notamment à l’encontre des infrastructures (pipelines) et des navires (tankers), contribue à une escalade des tensions au point que certains experts parlent d’un risque réel de guerre régionale opposant les États-Unis et leurs alliés locaux à l’Iran.

Tous s’accordent cependant sur la prudence dont il convient de faire preuve en matière de pronostics. Les incidents ont certes endommagé des tankers et causé la destruction d’un drone, mais n’ont, fort heureusement pour l’heure, pas fait de victime humaine ce qui réduit d’autant la probabilité d’une déclaration de guerre.

L’hypothèse d’un conflit armé dans la région pourrait se concrétiser dans l’éventualité où l’Iran et/ou les États-Unis en viendrait à commettre une action d’une particulière gravité, susceptible d’être interprétée comme une déclaration de guerre. Dans ce contexte marqué par de fortes tensions, toute étincelle, aussi minime soit-elle, pourrait embraser le Moyen-Orient et ce d’autant plus que les forces iraniennes et américaines, ainsi que celles de leurs alliés respectifs, sont placées en état d’alerte depuis quelques semaines.

D’un côté, l’Iran dispose d’importants relais militaires, notamment en Irak, en Syrie, au Liban et au Yémen, ce qui lui assure de véritables moyens locaux de dissuasion face à un éventuel adversaire, américain ou non. De l’autre, le Président Donald TRUMP aurait ordonné de conduire des frappes aériennes contre des cibles iraniennes au matin du 21 juin, avant de se rétracter. Deux hypothèses semblent plausibles pour expliquer ce revirement.

La première est que les responsables militaires américains seraient parvenus à convaincre le « Commandant en chef » de la disproportionnalité d’une telle réponse militaire, de nature à causer la mort de près de 150 personnes.

La seconde est que les conditions climatiques locales auraient également pu jouer un rôle dans l’annulation tardive des frappes ; les fortes chaleurs estivales pouvant altérer le fonctionnement du matériel électronique.

En tout état de cause, cet ultime revirement tend à démontrer que le Président des États-Unis ne souhaite pas s’engager dans une guerre au Moyen-Orient qui pourrait s’avérer longue et coûteuse et nuire à ses ambitions électorales, à l’heure où il brigue un second mandat à la Maison Blanche. Sans compter que, dans l’optique où une guerre éclaterait, Washington devrait s’attendre à une opposition vigoureuse de la Russie et de la Chine.

Enfin, le comportement récent du Président TRUMP laisse suggérer sa préférence pour un affrontement davantage psychologique que militaire. De leur côté, les Iraniens disposent aussi de leviers, comme le rappelait le Président iranien Hassan ROHANI en déclarant que « si l’Iran ne pouvait pas exporter le pétrole du Golfe, aucun autre pays ne pourrait le faire. »

A très court terme, deux conséquences sont à redouter :

• La première est que les sanctions américaines appliquées au secteur pétrolier iranien conduisent à une escalade des tensions, qui, même si elle n’aboutissait pas à une guerre ouverte, entraînerait une dégradation des conditions de sécurité liées aux activités de transport maritime dans le Golfe arabo-persique ;

• la seconde est que plusieurs compagnies aériennes pourraient être amenées à contourner le détroit d’Ormuz, en faisant une possible zone d’exclusion aérienne qui pourrait s’étendre à tout le Golfe.


Une sortie de crise durable semble aujourd’hui compliquée, mais reste possible. Une porte de sortie pourrait résulter de l’action de certains pays arabes de la région et passerait par la médiation d’États entretenant de bonnes relations aussi bien avec l’Iran qu’avec les États-Unis tels que l’Irak, le Qatar, le Koweït ou encore Oman.

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