Analyse du mois : vers une poursuite de la dégradation de la relation turco-américaine ?

Début mars, le Président américain, Donald TRUMP, a adressé une lettre au Congrès, réclamant la fin du régime commercial et douanier préférentiel dont bénéficie actuellement la Turquie. Depuis 1975, la plupart des exportations turques vers les États-Unis ont en effet bénéficié d’un traitement de faveur, qui repose notamment sur des dispenses de taxes douanières.

Cette décision de l’administration américaine ne peut pas être dissociée du différend qui oppose les pays-membres de l’OTAN, au sujet de l’achat par la Turquie du système de défense sol-air Russe S-400.

Signe du lien entre ces dossiers, le Pentagone a, dans la foulée, averti les turcs de possibles « lourdes conséquences » si ce rachat de missiles russes venait à aboutir, au détriment de l’offre américaine, qui repose sur la solution « Patriot PAC-3 ».

Le jour suivant cette annonce, le Commandant suprême des forces alliées en Europe, le Général Curtis SCAPARROTTI, a imploré Ankara de reconsidérer cette décision. Le Président ERDOGAN a répondu avec défiance à cette demande, assurant à cette occasion que la Turquie maintiendrait sa décision, concernant les S-400 russes.

Il apparait donc que l’administration TRUMP se soit finalement alignée sur la position du Congrès, et semblerait désormais résolue à ne pas procéder à la livraison des premiers F-35A, qui devaient prochainement équiper l’armée de l’Air turque. Plus généralement, c’est désormais le statut d’Ankara en tant qu’allié qui apparaît remis en cause.

Cette séquence diplomatique pourrait annoncer un changement majeur dans les relations bilatérales, tranchant ainsi avec la position traditionnelle des États-Unis, qui a longtemps consisté à minimiser les désaccords avec la Turquie, alors même que les tensions n’ont cessé de s’intensifier au court des derniers mois (problématique « Kurde » en Syrie ; non-extradition du Pasteur Fethullah GÜLEN, exilé aux États-Unis ; arrestation en Turquie d’un prêtre américain, fin 2018 ; soutien turc affiché au Président vénézuélien, Nicolas MADURO ; non-alignement sur la politique de sanctions américaines vis-à-vis de l’Iran).

Plus globalement, cette séquence souligne également l’éloignement croissant de l’agenda diplomatique turque des positions de ses alliés européens et nord-américains.

En toute hypothèse, ces tensions, ainsi que les possibles détériorations des liens économiques et politiques qui unissent la Turquie à l’Occident, sont de mauvais augure pour l’économie turque, qui est récemment entrée en récession, pour la première fois depuis 2009. En outre, cette situation tendue devrait continuer à peser dans le règlement du confit syrien.

 

Vous inscrire à notre newsletter

Recevez, chaque premier mercredi du mois, les principales actualités du Groupe Risk&Co.